Entrevue avec Nadine Descheneaux – Autour des 28 jours de Mila

 
 
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4 décembre 2019

Cet automne est paru le roman graphique Les 28 jours de Mila aux éditions de l'Homme. Abordant un sujet encore un peu tabou, celui des règles, ce livre s'adresse à un large public et permet autant de rencontrer une jeune héroïne attachante qu'à découvrir quelques informations importantes à propos du cycle menstruel. Voici une courte entrevue avec sa créatrice, Nadine Descheneaux.

D’où est né ton besoin de créer Les 28 jours de Mila ? 


Ce n’est pas tant un « besoin », mais plus une « idée », ou une « envie », d’aborder le sujet des règles (et toutes les émotions!) dans une fiction, avec beaucoup d’humour, qui est arrivée en discutant avec une amie. Ensuite, j’ai pris du temps pour simplement imaginer Mila… une jeune ado assumée, mais pleines de doutes, authentique, avec ses hauts et ses bas.

On a l’impression que maintenant avec Internet les filles ont accès à beaucoup plus d’information. Mais est-ce vraiment le cas ?

Bien sûr! Tout le monde a accès à beaucoup plus d’infos. Et c’est tant mieux! Le problème est que 1) il faut avoir le réflexe de vérifier les infos qu’on nous sert 2) est-ce toujours d’info dont on a besoin?

Les 28 jours de Mila n’est pas un livre documentaire ou informatif sur les règles. Ce n’est pas un guide. Dès le départ, ça a été très clair dans ma création. Des livres sur les règles/la puberté/l’adolescence, il y en a déjà des tonnes. Dans mon roman graphique, je parle de sa vie à travers son cycle menstruel pour montrer comment ça peut la bouleverser. On est dans sa tête, dans ses doutes. Mais ça reste d’abord et avant tout une fiction. Elle se questionne, elle voit intensément (comme une ado!) cette portion de sa vie . Elle est à la recherche de réconfort, beaucoup. Il n’y a pas de «réponses» précises. Elle cherche d’abord et avant tout à se comprendre… et y arrive par petits bouts et des fois pas du tout! Dans ce cas-là, elle réalise que lâcher prise est important! 
L’information, donc, est facile à trouver. C’est le réconfort qui est plus difficile. Les jeunes filles ont besoin de savoir que les émotions qu’elles vivent sont normales. Elles ont besoin de savoir qu’elles sont «normales» et, surtout, pas seules.

Les règles restent un tabou pour beaucoup de gens (on a qu’à penser au fantastique liquide bleu des publicités). Est-ce que tu avais ça en tête au moment d’écrire ?

En fait, je ne pensais pas que c’était encore aussi tabou de parler de ses règles. Mais je m’en rends compte maintenant, quand je présente le livre en classe, que bien des filles sont gênées ou mal à l’aise avec le sujet. Et je ne parle même pas des gars. Certains font «Bah ce n’est pas pour moi!», alors que non, c’est aussi pour eux : ils ont des sœurs, une mère, des amies, une blonde, etc. 


Mais… ils sont curieux! Quand je laisse du temps à la fin de mes conférences en classe pour que les élèves viennent voir mes livres, Les 28 jours de Mila est celui que les jeunes veulent prendre en premier. Je crois qu’ils ont besoin de se faire parler de ce qui se passe à l’intérieur… de leur tête, de leur corps et de leur cœur!

Comment est venue l’association avec Chloé Baillargeon, pour les illustrations ?

Un fabuleux extraordinaire hasard. Quand le projet s’est concrétisé, on devait trouver un.e illustrateur.trice avec un style un peu sketché. J’ai épluché Internet, Instagram, Facebook à la recherche de quelqu’un qui aura LA touche pour créer Mila. Puis, rapidement, j’ai découvert le travail de Chloé sur son site web. C’était celle qui pouvait créer Mila.

Est-ce que les premières esquisses correspondaient bien à ce que tu avais en tête ? Avez-vous travaillé ensemble puisque les illustrations sont vraiment une part importante du récit ?

En fait, j’ai d’abord écrit les « épisodes » possibles vécus par Mila. On a mis de l’ordre là-dedans. Ensuite, on a discuté du projet ensemble, bien sûr. Un roman graphique, ça se fait à deux. Pas chacun de son côté. On forme une équipe. Elle a apporté plein d’idées aussi. C’est vraiment une collaboration formidable. On adore toutes les deux « notre » Mila.

Sur quoi t’es-tu basée pour écrire le livre ? As-tu rencontré des spécialistes ?

Comme ce n’est pas un guide ni un livre de conseil, je me suis d’abord fiée à ce que j’observais, ce que j’avais vécue, ce que ma fille et ses amies vivaient, etc. C’est une fiction où Mila raconte comment ELLE, elle vit sa vie à travers son cycle menstruel. On n’a jamais eu l’intention de faire un guide qui dit « Fais ci! Fais ça! ». Alors, non, pas de spécialistes! Les jeunes en ont plein de guides sur « Tout sur les règles ». Ce qui se passe dans leur corps, ils le savent. Nous, on voulait créer un roman graphique qui met des mots sur les émotions à travers un événement qui est important à ce moment précis de sa vie d’une ado… 


Mon inspiration provient, comme tous mes autres livres, de mes observations. Ce que j’entends, ce qu’on me raconte, ce que moi ou les gens autour de moi vivent. Je pose des questions, j’imagine. Créer, c’est toujours ça et c’est ce que j’aime profondément.

Finalement, est-ce que tu vis toi-même des « ouragans menstruels », comme Mila ?

Souvent. Des mois, ça va mieux que d’autres. D’autres fois, c’est l’ouragan puissance mille. Et c’est ben correct comme ça! Faut apprendre à lâcher prise aussi et à s’écouter. Plus on essaie de tout contrôler, plus on se fait du mal. Mais c’est loin d’être facile… et acquis, même à 42 ans!  

Le petit questionnaire de l’autrice !

Enfant, étais-tu une grande lectrice ? Absolument. J’avais même trouvé comment emprunter plus de livres à la bibliothèque de ma ville. Les livres étaient et sont toujours dans ma vie.

Qui t’a donné le gout de lire ? Comment cette personne a fait pour développer ce lien entre les livres et toi ? Mes parents, mais ma famille élargie aussi lisait beaucoup. On arrivait chacun au chalet avec une pile de livres. Entre toutes les activités, on s’assoyait pour lire.

Es-tu aujourd’hui une grande lectrice ? Que lis-tu ? Oui, je lis encore beaucoup. Je lis surtout des romans. De la littérature jeunesse, des polars, beaucoup de romans québécois.

Quel mot décrit le mieux ta relation avec les livres ? Partage. Comme écrivaine, je partage un bout de mon imaginaire. Comme lectrice, je prête toujours mes livres ensuite. Et je m’en fous s’ils reviennent ou non. Je veux que les livres trouvent des lecteurs. 
Mais j’aurais pu dire aussi : bonheur. Un livre – que je l’écrive ou que je lise – me rend profondément heureuse. J’adore les bibliothèques, les librairies, les salons du livre, etc.

Dans quel endroit préfères-tu lire ? J’écris et je lis partout. Vraiment. Je n’ai pas besoin d’un endroit précis. Mais si je devais choisir, je lirais devant de l’eau (lac, fleuve, océan!)

Si tu étais un livre, lequel serais-tu ? Un livre de Noël.

As-tu une autre suggestion de lecture pour ceux qui ont aimé Le 28 jours de Mila ?
 Dans mes livres à moi? Dernier départ pour l’ailleurs (Soulières éditeur) – une jeune ado troublée qui se sent mal chez elle, ici, partout. 
Dans les autres livres? Enterrer la lune d'Andrée Poulin – le prochain livre que je veux lire.

Vous avez trouvé une faute ? Oui, cela arrive. N'hésitez pas à me la signaler à sophie@lpplt.com et je la corrigerai ! Merci et bonne lecture ! :-)
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