Y a-t-il un problème avec les « gros » livres?

 
 
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9 mai 2019

C’est la mode depuis quelques années au Québec et plus récemment en Europe : on offre aux jeunes lecteurs de « gros » livres. Le nombre de pages est impressionnant (et les jeunes lecteurs ont cette impression de faire comme les grands), mais sur chacune d’elle il y a finalement peu de texte parce que la typographie est grosse. Certains sont aussi remplis d’illustrations, ce qui prend de la place et grossit encore le format final. La maison d’édition Andara a d’ailleurs nommé sa collection « Mon BIG à moi » pour appuyer sur ce format, et est tête de file dans ce domaine (d’ailleurs, plusieurs de leurs livres ont traversé l’Atlantique chez Kennes et chez Fleurus, où un bandeau sur la couverture indique : Mon premier gros roman à dévorer comme les grands), mais d’autres maisons d’édition, voyant la demande grandissante, se sont aussi lancés dans l’aventure : La Bagnole, Michel Quintin, Les Malins... pour ne nommer qu'eux!

En soi, c’est une offre intéressante : on trouve de tous les styles littéraires publiés dans ce format, des livres très genrés, estampillés visuellement « filles » ou « garçons », mais d’autres plus neutres, des livres d’aventures, des journaux intimes, des récits de science-fiction… bref, de tout. Pour tous les gouts. Et comme les livres sont souvent un effet de mode, les enfants ont tendance à maintenant rechercher des « gros » livres pour faire comme les autres, chacun pouvant en trouver un qui lui convient. Alors, où est le problème? On a trouvé une façon de donner envie aux petits de lire plus, on les accroche souvent à des séries et ils en redemandent!

En fait, là où je me questionne, c’est quand je rencontre des jeunes de dix ans et plus qui n’ont encore que ça en main. Voir qui ne veulent pas considérer d’autres suggestions. Oui, l’histoire les intéresse, mais dès qu’ils ouvrent les pages, ils secouent la tête : non, c’est trop petit.

Et le problème c’est que ce n’est pas de la paresse (la bonne histoire pour le bon lecteur peut venir à bout de toute forme de paresse, j’en suis convaincue), mais il semblerait que ce soit un confort oculaire. S’ils ne lisent que des livres avec une grosse typo (et même s’ils sont en contact avec des textes plus courts dans les pages des manuels scolaires), ils ne s’habituent pas à des pavés de texte plus imposants, à des lectures qui sont plus denses sur la page. Et donc, ils bloquent sur ce format type. Là où le « gros » livre devrait être une passerelle entre les livres de première lecture et le livre « jeunesse » plus costaud, il devient une barrière.

La solution? Alterner! Mettre tous les livres à grosse typo de côté n’est pas pertinent : ils sont source de grand plaisir chez le lecteur (ce qui devrait toujours être prioritaire), plusieurs textes sont vraiment riches sur le plan de l’histoire et ils ont l’avantage de captiver le lecteur tout en lui donnant confiance en lui. Mais on peut offrir à l’enfant lecteur d’autres types de lecture (voir l’obliger (que je déteste ce mot) au départ à varier (tout en lui laissant le choix dans sa sélection de « petits » livres ou de bandes dessinées)) afin que ses yeux soient habitués à différentes typographies et que le passage se fasse ensuite plus naturellement. On gagne alors en diversité sans devoir couper dans le plaisir et on s’assure que, plus tard, la grosseur de typographie ne sera pas un frein à des envies littéraires.

Qu’en dites-vous?

Attention, ce billet ne se base pas sur une recherche scientifique sérieuse, mais bien sur une expérience de terrain. Celle de Sophie, rédactrice de ce billet, mais aussi celle d’enseignants de primaire et de parents. Si vous avez des informations qui viennent contredire ce qui est dit ici, n’hésitez pas à nous en faire part, nous serions heureux d’aller plus loin dans la conversation! 
Vous avez trouvé une faute ? Oui, cela arrive. N'hésitez pas à me la signaler à sophie@lpplt.com et je la corrigerai ! Merci et bonne lecture ! :-)
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Anne Goffin (12.05.19 à 10 h 20)

Outre ce problème d'habitude prise de lire des textes en gros caractères, je suis dérangée par le gaspillage de papier de ces ouvrages...
Francine Lacourse (16.05.19 à 21 h 22)

Pour les jeunes c’est bien, ils tournent les pages et c’est moins décourageant. Par contre, pour les rayons de la bibliothèque, ça prend le double, voir même le triple d’espace, ce qui a pour effet d’avoir une moins grande diversité.
Édith Houle  (12.06.19 à 22 h 23)

Très pratique pour mes enfants étant dyslexique et dysorthographique. Ils sont moins découragés et lisent beaucoup plus grâce à ces livres à gros caractères!!
Carole Michel (08.07.19 à 15 h 38)

Depuis, 4 ans, nous utilisons ces livres à l'école pour redonner de l'estime de soi à ceux qui disent : "je n'aime pas lire". Ensuite, les orthopédagogues s'en servent pour les élèves dyslexiques et ça les aident beaucoup. Certains élèves avec des problèmes de visions particuliers les utilisent. Nous estimons que c'est un plus en littérature jeunesse et qu'il faut avoir de la diversité dans une bibliothèque scolaire . Tous les élèves ne lisent pas ces livres et il faut toujours proposer d'autres format et genre. Selon notre expérience, ces livres sont un tremplin dans la formation d'un jeune lecteur.

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