Dans la gueule du loup

Par Jean-François Tremblay, enseignant et grand lecteur
 
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En quelques mots…
Contre toute attente, Francis décide de s’enrôler dans l’armée anglaise pour combattre les nazis et ainsi venger la mort de son petit frère. Brillant enseignant bilingue, il se retrouve à travailler comme espion pour la résistance en France occupée et devient ainsi, aux yeux de ses ennemis, un terroriste à abattre.

Au crépuscule de sa vie, Francis, un vieillard fêtant ses 90 ans, passe une nuit à ressasser ses souvenirs. Ses pensées vont principalement vers la guerre de 39-45, qui l’a profondément marqué. Dans sa vingtaine, cet Anglais était un fervent objecteur de conscience, contrairement à son jeune frère Pieter. Toutefois, après la mort de son cadet dans l’armée de l’air, Francis décide de s’engager. Laissant derrière lui sa femme et ses enfants, il part en France occupée pour travailler comme espion dans la résistance française.

Francis est considéré comme terroriste par les Allemands, mais aussi par les nombreux Français collaborateurs. En d’autres mots, il risque à chaque instant de se faire tuer sans procès. Lors de sa mission, il se fait des amis, mais vit généralement dans l’ombre à organiser la résistance et à envoyer des messages radio en Angleterre. Malgré son profond pacifisme, la guerre l’oblige également à faire des choix qui le dégoutent et desquels il ne se remettra jamais totalement.

Dans la gueule du loup est le roman le plus personnel que Morpurgo ait écrit, selon les dires du prolifique auteur. En fait, Francis Cammaerts était son oncle et il est mort à 90 ans et 15 jours, en 2006. Ce court roman jeunesse est donc une histoire vraie écrite à l’aide de biographies sur l’oncle en question et d'entretiens avec sa famille. Il convient à tout lecteur de 10 ans et plus.

L'avis de Jean-François

Comme la plupart des livres de Morpurgo, Dans la gueule du loup commence tranquillement, cette fois avec un vieillard qui revient sur sa vie. Les premiers chapitres concernent l'avant-guerre. Il est saisissant de lire sur les derniers moments entre Francis et Pieter, alors qu’on sait la mort imminente du second. Les deux frères ne s’entendent pas et,parmi toutes leurs divergences, ce qui frappe le plus est leur opinion sur la guerre. Francis est convaincu de l’absurdité et de l’inutilité de la guerre et des morts; Pieter est convaincu que le pacifisme n’arrêtera pas Hitler et la menace qu’il représente pour la liberté. Le narrateur ne juge pas. Il tente de comprendre et d’accepter la vision de chacun, selon ses inspirations du moment et valeurs. Francis évoluera et son opinion se complexifiera, et il comprendra que survivre à la guerre constitue aussi un fardeau.

Avec le conflit qui éclate débutent les intenses récits en France occupée. Morpurgo aborde d’ailleurs deux drames incroyables de la résistance, sur lesquels je me suis arrêté pour en apprendre davantage grâce à Internet. (Je souligne en passant que le livre n’explique pas clairement les tenants et aboutissants de la résistance, ce qui peut limiter la compréhension des lecteurs moins informés.) Par-dessus tout, la finale est époustouflante! Elle met en scène l’un des rares proches que Francis pouvait se permettre d’avoir. Vers la fin de la guerre, Christine joue le tout pour le tout afin d'arracher à la mort, une nouvelle fois, son ami pourtant déjà très prudent. Audacieuse Christine!

Ce que je trouve cependant dommage, c’est que malgré la force et la gravité des évènements, il m’a été difficile de m’y plonger pleinement. Le livre est plus court que ce que l’auteur écrit généralement et, derrière les péripéties, on sent toujours le vieillard qui interpelle directement ses proches en racontant ses souvenirs. En d’autres mots, la lecture m’a plus fait l’effet d’un roman épistolaire que d’un roman réaliste. On sent trop le recul. Cela n’enlève rien à la qualité de l’histoire et de la narration, mais a certainement concentré l’attention sur les états d’âmes d’un homme en fin de vie plutôt que sur la virulence des évènements. Par ailleurs, les dessins de Barroux, même en noir et blanc, donnent une impression de légèreté qui contraste avec le récit.

Quelques notes sur Francis et ses proches complètent la lecture et étanchent davantage notre soif de renseignements sur les protagonistes du roman. On apprécie. Somme toute, j’ai terminé ma lecture heureux d’avoir pu connaitre une si épique histoire, mais déçu de n’avoir pas plus accroché au ton de la narration.

Merci à Gallimard pour le roman!  


Billet publié le 6 décembre 2018.

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Dans la gueule du loup
Michael Morpurgo
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